En poursuivant mes recherches sur le chiffre sept, je me suis souvenu de mes années de recherche ésotérique dans les astres (j’en ai déjà parlé ultérieurement), il y eut juste après la période, je me connecte à toutes les religions, puis les tarots. De ces périodes me reste seulement un fort attrait pour la symbolique. J’ai donc repris le tarot et recherché l’interprétation dont je pouvais faire de l’Arcane VII ce qui dresse finalement un portrait assez juste de ma personnalité actuelle…
Interprétation :
LE CHARIOT
1. La carte est partagée en deux parties horizontalement (le bord supérieur du chariot faisant office de frontière). Le plan supérieur est organisé et structuré alors que le plan inférieur est chaotique et décrit une scène incohérente. Cette inadéquation révèle un dysfonctionnement visible pour autrui mais invisible, pour celui qui est à bord.
2. Le jeune homme est le même que l'Amourevx de l'arcane VI, qui doit passer une épreuve, celle du choix. Il est en possession des attributs royaux : la couronne et le sceptre, il est donc fort d'une expérience. Contrairement au Bateleur (Arcane I) qui se situe en phase d'initiation, le conducteur du Chariot a accompli les premières étapes du parcours.
Il part à la conquête du monde. Sa jeunesse lui confère une certaine innocence associée à un manque de puissance et à une méconnaissance de l’avenir.
3. Ses vêtements traduisent la richesse qu’il veut afficher, il est matérialiste et snob. Il est à l’opposé du dépouillement de l’arcane XIII, il incarne la réalisation sociale, faisant office de signe de reconnaissance et de distinction. Ce n'est pas un être naturel comme le Bateleur (Arcane I) mais un être sophistiqué, masqué, déguisé. Il est tenu de jouer un rôle, pesant, sans pouvoir sortir des limites établies. Il n’est pas encore dans un état de dépouillement comme l’arcane XIII permettant de recommencer tout.
Les deux visages sur ses épaulettes évoquent le Soleil et la Lune car le conducteur du Chariot est un symbole unificateur, la progéniture équilibrée de l'Impératrice (Arcane III) et de l'Empereur (Arcane IIII) (III+ IIII = VII). Si l'Amourevx est l'épreuve, le Chariot est la fusion des divisions et des contraires.
4. Les quatre colonnes représentent les points cardinaux (Nord, Est, Sud, Ouest), les saisons (printemps, été, automne, hiver) et les éléments (eau, air, terre, feu). Elles sont la représentation de tous les possibles en même temps que les symboles des limites. D’un point de vue ésotérique, le quatre fortifie, consolide et stabilise en limitant et en enfermant. C'est certes le nombre du carré, du cadre donc de la protection, mais c'est également celui des frontières. La bichromie utilisée pour les colonnes comme celle des masques rappelle la dualité.
Le conducteur du Chariot est parfois interprété comme un acteur enfermé par un cadre…
5. La scène du bas présente plusieurs incohérences significatives. Le Chariot est dans l'impossibilité d'avancer. Si son existence est réelle, son utilité l'est beaucoup moins. Son dysfonctionnement apparent met en cause la perfection de l'œuvre humaine en opposition à l'œuvre créatrice de la nature.
Les initiales S.M. signifient Sa Majesté ou sont parfois interprétées comme les symboles : Soufre et Mercure, éléments fondamentaux de la composition du Grand œuvre.
6. Le cheval représente la force du désir, le ça psychanalytique. Le dompter, c'est maîtriser les pulsions internes.
Une opposition se trouve dans la position des chevaux. Les directions, opposées de leurs corps, entravent toute possibilité de mouvement et entrainent l’immobilisme. Ils symbolisent la nécessité de réfléchir ou encore l'avantage qu'il puisse y avoir à ne pas bouger.
7. Si les chevaux ont une attitude corporelle opposée, les regards sont tous tournés vers la gauche. Ce qui signifie que le mental est à l’unisson est très lucide. Ce regard symbolise la réflexion (gauche) avant l’action (droite). Comme pour la majorité des Arcanes, le passé (gauche) est riche d’enseignement. L'introversion permet la construction personnelle sur les expériences antérieures.
— Du tout en un, ou comment conjuguer, l'article en cours, avec un défi Vox du jour, une réflexion sur l'interactivité d'un article, un peu de culture ET le jeu des sept trucs… Pour faire diversion —Alors que je réfléchissais à ce que je pourrais mettre comme sept sur ma liste des sept choses que je sais sur moi répondant au jeu que je me suis imposé en voulant répondre à la demande d'Apolline, tout en songeant qu'il est toujours compliqué d'intégrer un peu d'interactivité dans mes articles, tout en répondant en même temps à ma communauté que je délaisse un peu trop, je suis tombé sur le défi Vox du jour :
Montrez-nous une de vos cicatrices.
Suggéré par P'tite Fée.
Regardons la définition de cicatrice dans le dictionnaire pour commencer !"CICATRICE [sikatRis] n. f. – XIVe ; lat. cicatrix, icis 1. Marque laissée par une plaie après la guérison (=> stigmate) ; tissu fibreux qui remplace une perte de substance ou une lésion inflammatoire. La cicatrice d'une opération chirurgicale => couture. Cicatrice de coupure, d'écorchure, de brûlure, d'acné. Cicatrice à la face => balafre. «il avait sur le front un petite cicatrice assez profonde» (Vigny). Cicatrice ombilicale. => nombril. Une vilaine cicatrice (=> chéloïde). 2 . PAR MÉTAPH. Trace d'une blessure, d'une souffrance morale. «Quiconque aima jamais porte cicatrice» (Musset). ◊ (XVIIe) AU PLUR. Traces laissées par la guerre, ruines à peine relevées."
À présent petite explication de texte sur le titre de mon article.
Je sais qu'il n'y a pas sept plaies d'Égypte mais dix, voire treize à la douzaine. Il y en a cependant sept principales reconnues comme telles donc je peux utiliser l'expression Sept plaies d'autant que, de toute façon je me limiterai à sept.
Quand j’ai vu le défi proposé par P’tite Fée, j’ai songé que je pourrais montrer une cicatrice au sens propre du terme : Cf. défintion : Marque laissée par une plaie après la guérison (=> stigmate). Je n’en manque pas.
1- J’ai bien pensé à mettre les cicatrices laissées par la varicelle, mais, en photo, ça ne rend rien, trop difficile !
2- La première cicatrice dont je pense être le porteur, remonte à mes 8 ans, j’étais avec mon frère, chez mes grands-parents. Nous devions rejoindre le reste de notre famille partie faire une promenade dans les bois. Mon aîné voulait passer dessus une clôture pour aller plus vite, elle était trop haute pour ma petite taille. Il insista me traitant de mauviette. Je tentais et me lacerais la cuisse droite sur 4 cm. Beaucoup de sang, beaucoup de larmes et un petit bourrelé de chair qui se réduit d’année en année voilà la première cicatrice, la première plaie. Mais j'ai déjà parlé de mon enfance plus d'une fois, et d'un autre séjour chez mes grands-parents qui me laissa une cicatrice plus marquante dans Le Pommier du pré.
3- La seconde vint lors de mon arrivée à Paris en 2001. Lors de notre emménagement dans notre nouvel appartement, je me suis pris un angle de porte en voulant lever un carton trop lourd pour moi.Résultat j’ai la tête porteuse d’une anfractuosité sur 3 cm. Toujours pas de quoi en faire un plat. (Cf. dans la défintion : Cicatrice de coupure, d'écorchure, de brûlure, d'acné. Cicatrice à la face => balafre.)
4- En 2003, je fus opéré d’un sarcome sous l’aisselle droite, la petite tumeur enlevée me valu une greffe du grand dorsal sous le bras droit, ce qui a eu pour conséquence de me faire une jolie cicatrice dans le dos de 25 cm et un beau cercle de 10 cm de diamètre sous l’aisselle (pour ceux que le sujet intéresse… ). Mais je n’assume pas encore suffisamment le rond légèrement bombé par l’œdème pour l’exposer en pâture au tout venant et j'ai déjà assez exposé sur un ancien blog l'étendue de cette cicatrice. (cf. dans la définition : La cicatrice d'une opération chirurgicale => couture).
5- En 2006, j’eus l’opportunité d’expérimenter l’appendicite, donnant lieu à trois minuscules cicatrices, dont une sur le nombril. Une cicatrice sur la première cicatrice commune à tous. Mais j’ai déjà exposé mon nombril dans un défi du jour. Et puis nous sommes tellement nombreux à porter les stigmates de cette opération…
6- J’ai donc songé à me rabattre sur la citation de Musset, je trouvais que ce serait une belle idée que de montrer la cicatrice laissée par ma rupture, mais comment montrer la cicatrice laissée par un amour qui n’en finit pas de mourir ? Montrer les baisers ? Montrer l’amour n’est déjà pas chose aisée, montrer la perte de l’amour n’est pas si facile, alors montrer la trace laissée par sa disparition est encore mois simple, et puis je pense avoir fait de mon mieux concernant l'objet de mon affection. Sophie Calle l’a fait mieux que quiconque avec son œuvre Douleur Exquise.
7- J’ai donc décidé de montrer une cicatrice que je ne porte pas sur moi, mais en moi. Une cicatrice que je regarde de temps en temps comme la plaie qui ne veut pas se refermer et qui réponds à merveille à la deuxième partie de la définition — "Trace d'une blessure, d'une souffrance morale […] Traces laissées par la guerre, ruines à peine relevées" — :
Pour la 4e chose que je sais de moi, il fallait que je m'accorde un peu de répit dans mes toutes mes réflexions sur ces sept alors j'ai regardé mon film préféré qui se trouve être le septième film de Wong Kar Wai. Pour une fois l'article sera donc court ce qui devrait satisfaire les lecteurs qui en ont marre de me lire et ravir ceux qui ont besoin d'images et de musique en lieu et place de texte : la bande annonce du film son affiche et la filmographie du réalisateur.
La voisine de notre maison était d’un an mon aînée. Nous passions tout notre temps libre ensemble. Elle fut mon amie jusqu’à mes 19 ans. Elle s’appelait Martine, comme le personnage des livres. Alors, pendant longtemps, j’ai collectionné les albums de Martine, puis je suis passé aux Caroline, aux Fantômette, j’ai eu une rapide passade pour les Alice.
Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours eu des monticules de livres autour de moi. Mon oncle arrivait régulièrement à la maison avec le coffre de sa CX rempli de livres pour enfants. Il y en avait pour les trois frères.C’était toujours un moment de bonheur que d’ouvrir le coffre gigantesque de la Citroën et de fouiller dans une male au trésor à la recherche de notre prochain coup de cœur.
Mon Oncle et sa femme étaient respectivement directeur d’école primaire et institutrice de cours préparatoire/bibliothécaire/formatrice aux personnes analphabètes. Deux fois par an, ma tante en bonne bibliothéconomiste pratiquait le désherbage de la bibliothèque de l’école où ils enseignaient tous les deux, celui de la bibliothèque municipale dont elle tenait la permanence le mercredi et le samedi. Deux fois par an ils nous rendaient visite avec le fruit de ce qui aurait dû passer au pilon et qui faisait notre bonheur.
C’est dans cet amas de pages souvent abîmées que j’eus mon premier coup de cœur littéraire. Il s’agissait d’un conte de Noël, qui mettait en scène deux jeunes garçons nouant une forte amitié, dans un pensionnat. Leur amitié battit de l’aile quand l’un d’eux tomba amoureux. Plus tard quand je lus La gloire de mon père, Le château de ma mère, Le temps des secrets et Le temps des amours de Marcel Pagnol, je ne retins de tout cela que l’histoire d’un petit garçon et de son amitié pour un certain Lili (avec un surnom comme ça… Tout peut être pensé).
Bien plus tard encore, quand je lus Mon frère et son frère d’Hakan Lindquist, je me dis que ce conte pour enfant était tout de même nettement teinté d’homosexualité, mais peut-être — sans aucun doute même — étais-je totalement subjectif sur chacune de mes lectures.
J’aimerais retrouver ce conte pour enfant pour voir si j’ai eu une conscience accrue en y voyant un caractère tendancieux ou si c’est un pur produit de mes fantasmes sur une histoire d’amitié somme toute anodine. Toujours est-il, ce livre fut un de mes premiers émois littéraires et j’en garde le souvenir d’une histoire très pure entre deux garçons.
Mon second émoi littéraire, je le dois à J.P. Sartre. Oui je sais ça fait super prétentieux, genre : je me la pète à vous dire que j’ai lu tout Sartre. Et ben oui c’est vrai, j’ai lu tout Sartre, entre 14 et 16 ans, et je vous promets que j’adorais. Je me sentais réellement touché par l’existentialisme ; probablement pas au sens ou on l’entend couramment, mais la sensibilité d’un adolescent étant probablement exacerbée par ses poussées hormonales, il n’est pas aberrant que je tombe en pamoison devant les pages qui demeurent pour moi parmi les plus belles et les plus intéressantes de la littérature française du XXéme siècle. Donc à 14 ans, je tombais sur un recueil de nouvelles intitulé : Le Mur. Recueil au combien méconnu et pourtant élément permettant d’appréhender l’auteur facilement, tant par sa lecture aisée que par son approche subtile de concepts aussi variés que : la Guerre, la solitude, la xénophobie, l’égoïsme, les choix de vies… Je ne m’attendais pas pourtant en lisant les premières nouvelles à ce qui m’arriva à la lecture de l’ultime nouvelle du recueil, intitulée « Enfance d’un chef ». Je ne pensais pas, lecteur lent que j’étais alors, lire la petite centaine de pages le même soir, sans m’arrêter, encore moins la lire de nouveau au milieu de la nuit.
Cette nouvelle me permit entre autres de pleurer quatre fois, de vomir une fois, de me masturber trois fois. Je crois que cela résume assez bien La confusion des sentiments (J’étais bien obligé de le glisser quelque part celui-ci) qui s’installa en moi. J’étais fasciné, par la découverte de l’homosexualité du personnage ; fasciné par son refus de sa propre personnalité ; fasciné par son déni total et son retournement contre ses pairs ; dégoûté enfin par son approche morbide de la sexualité qui aurait dû être sienne. Je n’ai pas relu ce texte, par conséquent je ne suis pas certain de ma mémoire à son sujet. Je sais juste que ce fut une révélation.
Ce soir-là, je compris que mes petits camarades de classe ne me tabassaient pas pour rien dans la cour de l’école en me traitant de tapette. — Ah ! Charmant âge que celui des préadolescents et adolescent, enfance dont on dit qu’elle est innocente ! Non, mais franchement comment peut-on encore dire ce genre de connerie ? Les enfants sont méchants entre eux. Il n’y a pas plus cruel ! Mes Clarks et mes chemises déchirées s’en souviennent encore.
Après Sartre, je découvris : Genet, Gide, Guibert, Guyotat, (oui j’étais alors dans une période où je lisais les auteurs dont le nom commençaient par un G. chacun ses névroses ! — dans l’analyse d’un psychanalyste philologiste-linguiste ça donnerait sans doute une anecdote hilarante sur la quête du G. au lieu du .G, qui ne cessait de me renvoyer mon homosexualité en pleine figure). Bien entendu ce ne furent que chocs successifs, questionnements intempestifs, histoire d’améliorer les névroses préexistantes chez un enfant qui n’a franchement pas besoin de lire des bouquins comme ça si jeune et qui ferait mieux de piquer des vélomoteurs sur le parking du supermarché, plutôt que des livres chez le libraire du coin, chacun son apprentissage. Tous les livres que je lus à cette période tendaient à me faire poser des questions sur ma sexualité (peut-être aussi que les hormones jouaient leur rôle et que je voyais des questions sexuelles partout, je veux bien vous l’accorder).
De tous les G., Guibert demeure la plus grande révélation. Aucun autre auteur ne m’a autant charmé, fasciné, ému, mis en érection, fait pleurer, rire (sarcastiquement, certes…), torturé les neurones au point de tenter d’imaginer chaque description comme étant une image. D’où mon affect pour la photographie, les architectures ; ma fascination pour le corps, ses souffrances, ses déformations. (Avec un tel article, la plupart de mes lecteurs vont signaler mon blog comme celui d’un type bon à emmener rapidement à Sainte Anne — et je dois reconnaître qu’ils n’auront peut-être pas tout à fait tort).
Tout cela pour dire que je dois à la littérature d’avoir été le miroir de mes émotions confuses, de mes questionnements intempestifs sur ma sexualité et sur ma personnalité. Ce n’est que longtemps après que je découvris que l’homosexualité pouvait aussi être une fête, une joie de vivre et pas forcément vécue comme la souffrance ultime et romantique, qui transforme un adolescent boutonneux en enfant en dépression hostile.
J’ai, finalement, assumé mon homosexualité assez tardivement, puisque malgré un rapide passage à l’acte à quatorze ans, un autre un peu plus long, mais non moins sommaire, à dix-sept, un autre un peu trop fouillé et profond à mon goût vers dix-huit, je n’ai dit être homosexuel qu’à l’âge de dix-neuf ans. Enfin je crois que je l’avais déjà exprimé à une de mes petites amies en guise d’excuse de rupture vers seize ans, mais je ne suis plus certain d’avoir eut ce courage. Passées les affres des premières annonces, ce fut une véritable libération, tant psychologique, que sexuelle. Je suis passé du stade d’autiste sociétal, au stade de Sea Sex and Sun, Peace and Love my Brother, tout est amour. (Bon évidemment j’enjolive, mais faut pas faire un article dépressif en plus d’être long sinon c’est définitivement illisible).
Au final, à Dix-neuf ans, j’ai découvert l’existence du rainbow flag et de sa signification : Historiquement il comportait huit couleurs (le rose pour le sexe, le rouge pour la vie, l'orange pour la santé, le jaune pour le soleil, le vert pour la sérénité, le turquoise pour l'art, l'indigo pour l'harmonie, le violet pour l'esprit) c’était beau ! Mais pour des raisons de couleur indisponible en imprimerie ou un truc bêtement matériel, le rose fut supprimé (il a été question de le remettre dans les années 1990, en référence au triangle rose, quand la déportation homosexuelle durant la seconde Guerre Mondiale est redevenue d’actualité). Puis ce fut le turquoise qui fut supprimé et l’indigo remplacé par le bleu formant le drapeau définitif à six bande qui me permet de rater le titre de mon article… Le choix de l’arc-en-ciel fait référence à un de mes violons d’Ingres : la comédie musicale cinématographique et plus particulièrement Le magicien d’Oz et l’icône gay qui interprète le rôle principal : Judy Garland avec sa magnifique interprétation de « Over the rainbow ». L’arc-en-ciel (le vrai, celui du pays d’Oz) a bien sept couleurs donc… Le titre de mon article est sauf ! ouf !
Quelques jours après ma venue au monde les collègues de mon père offrirent au couple de parents qu’on dira heureux pour les besoins de l’histoire — on dira ça, parce que j’imagine que deux testicules et une verge c’est bien pour un garçon, mais que lorsqu’on s’attend à une fille ça doit quand même apparaitre comme un handicap ; mais cette amie-là n’était pas encore ma meilleure compagne, elle ne l’est devenue qu’à un âge où l'acné s'est chargée de me rappeler que non je n’échapperais pas à la malédiction qui s’était acharnée à laminer les visages de mes deux frères — Quelques jours après ma naissance donc, les collègues de mon père offrirent au petit blond aux yeux bleus que j’étais encore, un ourson orange (couleur peu naturelle pour les oursons, j’en conviens, mais ô combien tendance dans les 70’s). Cette couleur devait ressurgir plus tard dans ma vie lorsque je comprendrais que la femme de ma vie, qui avait une passion pour cette couleur au point de s’en teindre les cheveux toutes les 3 semaines, était une femme et que manifestement je préférais les hommes.
Dans la foulée de l’ourson mutant, je reçus le même jour, de ma tante préférée, un doudou en forme de lutin, au visage de caoutchouc et portant une charmante combinaison fleurie, façon Laura Ingalls. Ces deux premiers amis ne me quittèrent pas pendant des années, jusqu’à ce qu’un jour, alors que je commençais à peine à parler, je hurlasse à plein poumons dans le salon familial. Ma mère alertée, accourut à la rescousse de sa progéniture, me demandant ce que j’avais et je lui répondis : « UULLLLLIIIIIIIIIIII » en sanglotant. Je venais pour la première fois de donner le nom de mon amie imaginaire qui avait pris les traits du lutin offert par ma tante, et que j’avais décidé de prénommer Julie en raison de mon amour pour le personnage du même nom dans l’Île aux enfants. Julie, égarée sous le canapé du salon, fût retrouvée et j’en fus soulagé. Julie m’accompagna jusqu’à mes Dix ans — je sais que c’est tard pour conserver un doudou, mais il m’était impossible de me séparer de celle à qui je confiais tout de mes égarements, doutes, questions, et qui était toujours pleine de ressources quand il s’agissait de me redonner le moral que j’avais tendance à perdre facilement, enfant dépressif que j’étais. C’est elle qui m’apprit le plus difficile travail que l’on ait à accomplir : elle m’apprit à vivre.
Mai 2001, je devrais être en train de préparer les épreuves de mon CAPES et je me promène dans le marais, à Paris, où je viens de rejoindre l’homme que j’aime. J’ai posté il y a quelques jours une candidature pour un poste de rédacteur. Je m’apprête à aller acheter mon déjeuner préféré du moment : deux rouleaux de printemps. Mon téléphone portable fait entendre la 9e symphonie de je ne sais plus qui. Une douce jeune femme m’annonce la réception de ma candidature, et me convie à passer un entretien.
Quelques jours plus tard je me rends au rendez-vous dans mon plus beau costume, sorti tout droit du pressing. Dans une salle de réunion d’une moyenne entreprise de la banlieue parisienne, un homme nous présente la société pour laquelle nous avons postulé. Je crois à un sketch. La vidéo qu’il nous présente et tellement marketée, que j’en viens à penser que je me suis trompé en venant à ce rendez-vous.
Deux jeunes filles font leur entrée dans la pièce. La première est celle que nous sommes susceptibles de remplacer, la seconde une grande brune degingandée, d’une beauté rare, avec des rectangles noirs lui tombant tout le temps sur le bout de nez qu’elle a un peu court. C'est potentiellement notre supérieure. Je reste en extase, dans ma tête une seule pensée : « Je VEUX travailler avec cette fille ! ». Je passerais tous les tests du recruteur en mentant allègrement, lui donnant les réponses qu’il attend. Je serais retenu pour passer un entretien avec la brunette. Elle s’appelle Julie. Elle est magnifique. Tous les mecs doivent être après elle. Elle a une tête à avoir des amis gays et par conséquent, elle va saisir que je le suis et ça ne lui posera pas de problème. L’entretien se passe à merveille, je suis très réservé, j’ai les mains moites, je suis mort de trouille à l’idée qu’elle ne me retienne pas. Je me fous de ne pas être pris à ce travail, j’en ai un autre qui m’attend et qui commence 15 jours plus tard ; mais je ne veux pas, ne pas travailler avec cette fille !
Julie est sympathique mais sauvage. Julie n’aime pas déjeuner avec les autres salariés de la société. Julie a parfois un regard triste. Julie chante tout le temps même quand elle écrit. Julie écoute la bande originale d’Amélie Poulain 8 heures par jour. Julie rit énormément. Julie est brillante, mais ne veut pas le savoir. Julie maîtrise la position du Cobra et celle sur la tête au Yoga. Julie a des chaussures de lutin. Julie a une passion pour Ganesh. Julie n'a jamais été fan des incorruptibles, ni des dragons et pourtant… Julie est d'une beauté de princesse russe.
Le midi je vais au chinois que j’ai trouvé et je prends mes deux rouleaux de printemps. Je vais les manger le long du canal, sous le hêtre près du pont. Tous les jours je l’aperçois en face de moi, elle déjeune souvent avec une grande bringue que je n’aime pas, une fille vulgaire qui s’habille mal. Sept jours après mon entrée en fonction, à 13H, Julie se lève de son bureau et me demande si, comme d’habitude, je déjeune sur le canal. Elle est seule et si je le souhaite nous pouvons déjeuner ensemble. Je lui dis oui. Julie me dit qu’elle est dans sa période rouleaux de printemps, ça tombe bien, moi aussi. Comme nous ne les prenons pas au même chinois, elle me fait découvrir le sien.
Pendant deux ans, nous déjeunerons tous les jours de la semaine ensemble, deux rouleaux de printemps, puis deux rouleaux de printemps et huit Ha Kao. Deux ans de totale complicité, deux ans dans les tranchées de la guerre qui nous a été déclarée par le reste de la société pour laquelle nous travaillons. Quand Julie partira en congés maternité, je démissionnerais aussitôt. Julie m’a offert mon premier emploi à plein temps. Elle m’a offert un poste de rédacteur web, le métier que je voulais faire à la sortie de mes études de Lettres. Elle m’a offert beaucoup plus.
Plus qu’une supérieure, plus qu’une collègue, Julie est devenue une amie, ma meilleure amie, ma confidente, celle qui a toujours une oreille attentive, celle qui est toujours pleine de ressources pour m’aider à avancer. Julie est My Cop’s. L’amie qui sait respecter mes différences, qui sait marquer les distances nécessaires à la poursuite inconditionnelle et inconditionnée de notre amitié. Julie est la compagne des soirées moroses et celle des nuits de folies, celle des piques niques improvisés, des films que personne ne veut voir, des soirées Red Pif bio, des fous rire ; celle des larmes aussi parfois, celle qui m’a pris dans ses bras quand ça n’allait pas, celle qui m’a sauvé la vie quand j’étais en train de faire une péritonite. Julie est l’Amie que j’ai toujours voulu avoir. Julie n’est pas un lutin au visage de caoutchouc, mais une belle femme de 33 ans qui me ressemble sans être la même que moi, sans jamais chercher à imiter ou singer. Julie me ressemble parce que nous sommes différents. Julie est la personne pour qui je serai toujours là, quoi qu’il arrive, parce qu’il n’y a pas de raison valable pour que je n’y sois pas. Julie est toujours disponible pour moi, sept jours sur sept comme le service après vente du corps d'occasion qu'on m'a donné à la naissance, avec les névroses inhérentes aux mauvaises occasions. Julie est la première personne à m’avoir dit que je n’avais pas le droit de mourir. Julie je la connais depuis ma naissance, mais je ne l’ai trouvée qu’à 25 ans. Julie n'est plus l'amie de tout le monde sur L'Île aux enfants, mais mon amie.
Conçu par erreur ! Je fais partie des 0,1% d’erreurs de pilules. Il faut croire que le destin avait décidé que mes parents ne s’arrêteraient pas à deux enfants. Car je suis le petit dernier d’une fratrie de trois garçons. Lorsque ma mère a découvert que les statistiques avaient décidé qu’elle serait enceinte malgré sa prise quotidienne de la pilule —qui l’avait libérée des questions calendaires, libérant du même coup sa sexualité — elle fit un second test. Puis une prise de sang pour confirmer ce que le premier test lui avait déjà révélé.
Les résultats reçus, elle attendit patiemment le retour de mon père de sa journée de labeur. Quand il s’assit à table comme tous les soirs, elle servit le repas sans mot dire. Le repas terminé, elle envoya ceux qui n’étaient pas encore mes aînés se coucher et revint à table où mon père attendait surpris du silence de la femme la plus prolixe de la région. Elle se planta devant lui et dit : « Nous avons un problème, je suis enceinte. » Mon père égal à lui-même ne fit que hocher de la tête. Elle poursuivit : « que fait-on ? On le garde ou pas ? ». Mon père conscient de son devoir paternel et marital se souvenant soudainement de l’article 203, du chapitre V, du Livre I du code Civil relatif au mariage et ses obligations (inséré par Loi du 17 mars 1803 promulguée le 27 mars 1803), premier article dudit chapitre énonçant :
Les époux contractent ensemble, par le fait seul du mariage, l'obligation de nourrir, entretenir et élever leurs enfants.
lui répondit : « Ce n’est pas moi qui vais y passer. Si tu ne veux pas le faire, on le garde. Si tu veux te faire
avorter, tu le fais. C’est comme tu veux. ».
Ma mère se coucha donc ce soir-là avec un choix cornélien. Elle dormi peu, pensa beaucoup, rêva sans doute. Au matin elle dit à mon père : « je n’ai pas envie de me faire triturer. Puis après une pause : « Et comme dans ta phrase il y avait deux fois ma responsabilité dans un cas, et que dans l’autre nous étions tous les deux responsables, compte tenu que cette erreur a été commise à deux… » Face à la logique implacable de la plaidoirie maternelle — plaidoyer au combien féministe et égalitaire… Merci encore une fois à la révolution sexuelle ! — mon père, comme à son habitude, resta coi, échec et mat. Après un moment de réflexion, il eut l’idée absurde de répondre : « Qui sait peut-être aurons-nous la chance d’avoir une fille cette fois… » Ma mère à peine plus lucide ajouta : « Ce serait un joli cadeau de Noël, une petite fille, on aurait peut-être la chance d’avoir un gendre un jour… ».
Sept mois après cette discussion, je poussais mon premier cri au monde entier. Ç’aurait pu être : « Ne vous inquiétez pas je vous promets que vous aurez un gendre, je suis PD », mais, mon coming-out ne venant que vingt-cinq ans après cette erreur de départ, ça a probablement été un simple : « OUINNNNN » interminable pour les oreilles qui assistèrent aux
quarante-cinq minutes de souffrance de ma mère,
pendant que mon père dans la salle d’attente fumait
son avant-dernier paquet de cigarettes.
Depuis un mois déjà, fleuri sur Vox un jeu qui consiste à taguer sept personnes et les obliger à dévoiler sept choses d’elle-même. Je me disais jusque-là que j’avais la chance ou l’inopportunité de n’avoir pas été tagué. Dans une autre vie, j’ai déjà échappé à un entarteur. J’ai également échappé à l’internat et aux colonies de vacances. Mais il en va de la chance et des inopportunités comme des comptes en banque, un jour c’est la banqueroute. Et vous voilà obligé de répondre à un jeu auquel vous pensiez, à tort, échapper par votre discrétion dans votre communauté, vos absences régulières et la distance que vous vous imposez en commentant assez peu en espérant avoir peu de lecteurs de façon à composer votre blog comme si ce n’était que l’exutoire de pensées infécondes.
Rappel des règles du jeu :
. chaque personne devra dévoiler 7 choses la concernant
. celles qui auront été taguées, devront écrire ces 7 choses sur leur blog ainsi que le réglement
. elles devront ensuite taguer 7 autres personnes et les énumérer dans leur article
. pour finir, il faudra laisser un message sur le blog des 7 personnes choisies et les inviter à venir voir votre article
Quand les premiers tagués se sont pliés à l’obligation de répondre à leur tagueur, je m’étais dit que si pareil malheur me tombait dessus, je ferai comme avec la pluie : je penserai très fortement que cela n’est pas ; en rentrant j’effacerais toute trace et penserais que cela n’a pas eu lieu. Seulement voilà, je n’avais pas pensé que le tag en question pouvait être la marque d’une personne que j’apprécie. Comme le cow-boy peut marquer au fer rouge son cheptel, j’ai été tagué par quelqu’un de ma communauté que je respecte profondément. Aussi, lorsque mon nom est apparu sur la liste d’Apolline avec les mots qui suivent : « - Je tague mon Basilou parce que je l'aime très fort ... et que pour se dire, il a des mots merveilleux ... », je me suis dit qu’elle avait touché droit au but en faisant appel à mon ego surdimensionné et en titillant mon goût pour l’écrit et l’égotisme. Par conséquent face à une telle demande, je ne peux que m’incliner et participer à mon tour. Et parce que je suis le septième des tagués de la liste d'Apolline, pour ma part ce seront donc les sept prochains articles : sept choses que je sais de moi.
1 - Le jeu des sept erreurs — Enfin surtout la première…
2 - Sept sur sept — De l'influence de la télévision sur les enfants
3 - Les sept couleurs de l’arc-en-ciel — De l’influence des livres et des comédies musicales
4 - Le septième sceau, les sept mercenaires, sept ans de réflexion - Bref le sept!ème art…
5 - Les sept plaies d'Égypte - Défi vox du jour : Ma cicatrice
6 - L'Arcane VII : LE CHARIOT - Un portrait psychologique

je suis née en 1980 , j'ai lu"à l'ami qui ne m'a pas sauvé la vie ", et ensuite j'ai... read more
on 27 Décembre - in Memoriam : Hervé Guibert